Un salarié sur dix avoue boire régulièrement de l'alcool au travail

Les Echos - 4 mai 2006.

Deux enquêtes de l'INPES mettent en avant les risques liés aux addictions dans les entreprises. 71% des salariés sont favorables à l'interdiction totale du tabac. La moitié des DRH se sent démunie face aux problèmes d'alcool.

Si le débat sur l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics et dans les entreprises est largement médiatisé, les problèmes liés à la consommation d'alcool au travail le sont beaucoup moins. D'où l'intérêt de la double étude publiée aujourd'hui par l'Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES), l'une menée auprès de directeurs des ressources humaines et l'autre auprès de salariés, sur les "problèmes d'addictions en entreprise". "Il s'agit de la première étude d'envergure nationale sur ce sujet mal connu", souligne Philippe Lamoureux, directeur de l'INPES. Premier constat : la prise de conscience des risques. Il apparaît que la consommation d'alcool figure parmi les principales préoccupations des dirigeants interrogés en matière de santé au travail : cette thématique est jugée "très importante" par 62% des DRH, derrière la prévention des accidents professionnels, mais loin devant le mal de dos, le stress ou la consommation de tabac. Et la même proportion (62%) d'entreprises de plus de 50 salariés affirment être confrontées à des problèmes avec leurs salariés sur l'alcool.

Des répercussions importantes :

Les dirigeants sont d'accord avec leurs employés sur l'importance des répercussions de cette consommation : accidents du travail, mauvaise image de l'entreprise, productivité en baisse, problèmes relationnels... Les avis divergent en revanche sur la mesure du phénomène, qui, selon les salariés, serait principalement important à l'occasion de pots mais marginal dans les autres occasions. Ainsi, alors que pour près d'un tiers des DRH (31%), la consommation d'alcool au travail "fait partie de la culture de leur milieu professionnel" (60% dans le secteur de la construction), ce taux n'atteint que 10% du côté des salariés. Pourtant, et ce chiffre est assez inquiétant, 11% des salariés admettent consommer "souvent ou de temps en temps" de l'alcool durant leur temps de travail, en dehors des repas et des pots.

Autre enseignement notable : alors que les DRH assurent régler assez facilement les conflits internes liés au tabac (cohabitation entre fumeurs et non fumeurs, non-respect du règlement intérieur), 45% se sentent "démunis" face aux problèmes liés à l'alcool. Pourtant, 78% des employeurs ont adopté, par règlement intérieur ou par note, des mesures limitatives sur la consommation, qui serait totalemnt interdite, même lors des pots, dans un tiers des entreprises. Les dirigeants n'hésitent pas à se tourner vers le médecin du travail et les syndicats pour régler les conflits. Mais, au final, les sanctions prises à l'égard des salariés ne sont pas rares : avertissement, licenciement. Et les actions de prévention sur l'alcool restent insuffisantes : 69% des entreprises n'en ont jamais mené. Les employeurs sont davantage sensibilisés dans le secteur des transports, où les actions de dépistage sont souvent mises en oeuvre.

Un élément apparaît enfin intéressant pour le gouvernement : les esprits semblent bien préparés à un durcissement de la législation sur le tabac : dans 38% des entreprises, il est d'ores et déjà strictement interdit de fumer dans tous les locaux (ce taux atteint 59% pour les entreprises de moins de 50 salariés), et 71% des salariés (79% des DRH) se disent favorables à "l'entreprise sans tabac"

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